Le discours de Nathalie Chaize

Le discours de Nathalie Chaize, promue Chevalier de la Légion d'Honneur


" Monsieur le Sénateur Maire, Merci pour votre accueil chaleureux dans ce lieu magique, au sein de cette ville  de Lyon que j’aime intensément.

Monsieur le Président de la CGPME, très cher François, merci pour ce très beau discours qui m’a beaucoup touché.

Madame la vice Présidente du Grand Lyon, très chère Nadine, qui suit notre parcours avec bienveillance depuis des années.

Monsieur le président d’Habillement Rhône Alpes, cher Gérard, qui se bat tous les jours pour notre profession.

Monsieur le président du Textile, que je connais peu, mais qui défend une filière que j’aime tant.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis.

 

Quelle histoire !

L’Histoire par mon père d'une famille de passementier de la région de Saint Etienne et du côté de ma mère d'un professeur d'allemand de Montbéliard.

L’Histoire d’une famille qui m’a accompagnée jusqu'à ce soir et à qui je dois beaucoup.

L’Histoire d’une jeune fille émerveillée par le monde grâce aux voyages que ses parents lui ont offerts. A 10 ans mes yeux se sont ouverts sur la beauté du Maroc, son raffinement, ses couleurs, puis sur le côté brut et fascinant de l’Afrique noire, au Zaïre, en Afrique du Sud, à Djibouti, en Guinée Conakry.

Mes yeux se sont ouverts, puis mon esprit, avec chevillé au corps ce principe d’humanité qui transcende ceux qui ont la chance de voyager. J’ai su acquérir un regard au delà des différences, qui donne tout son sens à cette maxime : « L’étranger est un ami que l’on n’a pas encore rencontré ».

C’est l’Histoire du regard d’une enfant sur son père, admirative et fière du travail qu’il a mené. Après avoir été gouverneur de la banque centrale de Guinée, il poursuit sa carrière en Asie, au Vietnam et au Cambodge, missionné par le FMI. Une fierté familiale, comme celle de mon grand oncle, missionnaire en Australie et dans les îles Salomon, décoré lui aussi de la légion d’Honneur pour services rendus pendant la seconde guerre mondiale.

On ne dira jamais assez la valeur d’exemple des familles et j’ai eu beaucoup de chance dans ce domaine.

C’est l’histoire d’un retour à Lyon, où j’ai perçu que j’étais différente des autres, sans jugement, simplement différente. En passant les frontières j’ai ouvert le champ des possibles. J’ai compris qu’il n’y avait aucune limite hormis celle que l’on porte en soi, alors pour sortir de soi, quoi de mieux que l’expression artistique.

J’ai hésité, pas très longtemps, entre math sup et l’école d’architecture où à l’époque, il planait encore le doux parfum des beaux arts. Les enseignants étaient peintres comme Aubanel et Giorda. J’avais des cours de peinture, de sculpture, et de géométrie descriptive qui me rappelaient les mathématiques qui m’avaient tant fascinées.

J’ai adoré ces études, savant mélange d’art et de sciences qui structure la créativité et offre une méthode de travail. Mais l’architecture s’inscrit trop dans le temps, j’étais pressée de réaliser, pressée de faire.

Alors la mode !

Ce fut la rencontre avec Yves, connu à l’école d’architecture et parti vers la mode. J’ai suivi des cours du soir de modélisme, j’ai fait des costumes de danse, des défilés de mode au Transbordeur, dans des boîtes de nuit. C’était l‘époque des performances. Je me souviens de Daniel Bill, de Lolita Lempika quand elle était encore à Lyon, de Clémentine et de Max Chaoul, de Gérard Baumann, de la création à quatre d’une boutique de créateurs, Figure Libre. C’était du bon temps !

C’est l’Histoire d’un concours, D’JAAAA La Mode, Yves et moi, chacun pour soi. 10 français, 10 étrangers sont sélectionnés par Paco Rabanne. Cela aurait pu nous séparer, mais on a été choisi tous les deux et on ne s’est plus quittés.

A nouveau c’est devenu l’Histoire d’une famille, l’amour qui nous unit a un prénom, Paloma.

C’est l’Histoire de la mode. La mode c’est d’abord des métiers, tisseurs, imprimeurs, ennoblisseurs, j’ai la passion du tissu. La mode, ce sont les modélistes, les mécaniciennes, les mannequins, les photographes, les détaillants. Deux de mes plus anciens clients sont dans la salle ce soir, Scaia et Papai, je les remercie de leur présence et de leur fidélité.

La mode que j’aime bouge, change, elle n’a pas d’idée préconçue, elle transgresse sans violence, elle est culture, écriture. C’est un monde de voyages où on échange avec des gens de toute sorte, cosmopolites, ouverts aux autres.

C’était un monde fait pour moi et j’ai eu la chance de le trouver et de ce fait de me trouver !

Mon parcours a façonné mon inspiration. Elle me vient de ce goût pour les voyages, la peinture, la musique et la lecture qui remplissent mon univers. Les émotions que je ressens dessinent des lignes, des formes, des couleurs en cherchant toujours l’épure que j’associe à l’élégance.

De cette passion de la mode nous avons créé Yves et moi une entreprise. Une des plus belles et des plus exigeantes des aventures humaines, et ce n’est pas François qui me contredira, ni Mr le Sénateur Maire qui connait bien ce sujet.

J’ai à ce moment précis une pensée très particulière pour celui qui est mon double et avec qui je partage cette distinction, Yves.

Notre démarrage fut excitant et enivrant, surtout quand on démarre juste au dessus du restaurant de la Mère Brazier. Après avoir passé des années à humer, nous avons enfin pu fêter notre premier salon  victorieux dans ce temple de la gastronomie lyonnaise. Un très beau souvenir.

C’est l’Histoire d’une équipe, qui se construit au fil des ans, au gré des arrivées et des départs. Un mélange subtil de fidèles et de jeunes promus, de l’expérience et de la fraicheur,  qui donne sa force à l’ensemble que nous avons construit, la société C347. Une équipe à qui je dis ce soir toute ma considération.

C’est l’Histoire d’une rencontre avec Sylvie Guillaume et Anne Sophie Condemine et la chaine de l’insertion et de l’égalité des chances de la ville de Lyon. La naissance d’un très beau projet pour aider des femmes en difficultés et rendre un peu de tout ce qui m’a été donné.

C’est aussi une histoire d’amitié entre filles et pour ceux qui voudraient connaître mes amies, je leur conseille d’aller au prochain salon du Sihra puisque je les ai immortalisées en caketoys. Je sais qu’elles ne m’en voudront pas !

C’est l’histoire d’un pays que j’aime, jusqu’à faire dans son étendard, la robe phare de ma collection Printemps Eté 2012.

En recevant cette marque d’honneur de mon pays, mon émotion est totale. Je suis heureuse de ce message et je sais que cette médaille me dépasse. Elle honore certes ma fidélité à ce métier et mon engagement mais elle rayonne aussi sur ma famille, mon équipe, sur les jeunes créateurs du Village, qui poursuivront le chemin, sur notre filière.

Pour finir sur une note plus légère, mes amis architectes, créateurs de tout poils ou sans, m’ont lancé le défi de placer dans mon discours solennel des mots incongrus. Alors pour satisfaire ces amis à qui je ne peux rien refuser je vous les livre en vrac : Mayonnaise, Pannetons, quille, concupiscence et Révolution.

Merci à tous de votre présence. Merci pour cette récompense qui m’honore et qui honore ma famille, mon entreprise et ma profession. Elle m’oblige, et en la recevant, je me sens investie d’un devoir d’excellence.

Maintenant, comme dirait mon chéri d’amour ……. ça s’arrose ! "

 

Nathalie Chaize, le 21 décembre 2012