Mon portrait

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Nathalie Chaize une femme comme personne

Lorsque l'on rencontre pour la première fois Nathalie Chaize en personne, on est franchement surpris de constater à quel point cette marque porte bien son nom. Tôt, l'enfance de l'art, se construit au gré des périgrinations familiales. Le Maroc, le Zaïre, toute l'Afrique, plus tard l'Asie et Cuba forment l'éducation du regard, l'intuition des formes, et dessinent ce goût inaliénable pour les couleurs, les lumières et les corps de femmes. Autant de parfums qui ne cessent d'envoûter jusqu'aux créations les plus actuelles. Entre temps, il y a l'autre rencontre, avec un grand A comme Architecture ; avec tout ce qui se construit logiquement, délicatement mais dans une véritable exigence d'efficacité. Aujourd'hui encore et toujours, il faut que tout se tienne, que le vêtement tienne bien la féminité, et soit efficace au corps. Jeux d'équilibres et de savants assemblages avec les tensions, les lignes de forces, la matière. Dans les coupes, les formes, il faut que tout soit dosé. Sans rajout, ni surcharge. Sans excès.
Il y a de l'épure chez cette femme là.. Une ascèse ou une mystique bien à elle, que les négligents appellerons discrétion, et pour laquelle chaque amoureuse de la marque devient une fidèle. Bien au delà de ces quatre années d'études, le pli de l'architecture marque jusqu'à l'approche et la conception de son métier. Assembler la pétillance, le désordre de l'imagination avec un besoin, probablement rassurant, d'en découdre avec la fonctionnalité. C'est son mode de pensée et sa manière de faire à la fois. C'est ce que Nathalie voulait déjà faire avant d'être Nathalie Chaize. Car faire, défaire. Quelque chose là encore venue de l'enfance ; défaire pour comprendre comment ça se fait. Pour faire autrement. A sa manière. Pour aller plus loin. Le vêtement c'est un tout. C'est une construction. Présence discrète et aérienne d'une grande femme pudique avec elle-même, respectueuse des autres, mais qui suit inlassablement ce qu'elle pense et ressent. Alors, elle a ses trucs, à elle. Ses habillages, son process intime , sa recherche personnelle, parfois laborieuse jamais lourde, toujours dans la vie et dans le sensible. C'est une drôle de dame que cette créatrice qui ne se sent pas plus lyonnaise que parisienne, pas plus dans la mode que dans la peinture, pas plus dans les clans que dans la solitude. Pas plus inclassable que prévisible. Son style consiste à ne pas être dans l'entre-deux, mais plutôt sur un point d'équilibre. Sans jamais esquiver les extêmes. Un point de rupture qui nous interdit de lire complétement la norme et les conventions. Anti-modèle chic et sexy, douce et nerveuse, convenue et imprévisible, ou rassurée et dans l'abandon d'elle-même, la femme Nathalie Chaize incarne ce moment délicat et furtif du basculement. Ce point d'équilibre et de vacillement qui est l'essence même de son travail. et peut-être de sa vie.

Texte original de Thomas Masson

>> LE PARCOURS DE LA CREATRICE